C’était hier, jeudi premier avril. Comme j’avais prévu de participer à un
vide grenier ce week-end, j’avais exhumé quelques vieilleries, dont notamment
une lampe à huile que je tenais de ma grand-mère. Je l’astiquais soigneusement
avec un chiffon imbibé de produit pour faire reluire les cuivres quand soudain
un filet de fumée s’échappa du bec de la lampe, presque insignifiant au début,
et, très vite, cela prit la forme d’un petit personnage, mi-homme, mi-poisson,
et qui s’enfla à vue d’œil au fur et à mesure qu’il prenait de la consistance…
Il faisait penser à un personnage du dessin animé de Walt Disney, « La
petite sirène »… En quelques secondes, c’était un géant, occupant presque tout
l’espace de la pièce.
Curieusement, je n’étais pas effrayé par cette apparition gigantesque. Je
doutai simplement de ma raison et me frottai les yeux plusieurs fois. Ce fut à
ce moment précis que le géant se mit à parler d’une voix si grave et si
puissante que les vitres tremblèrent :
— Je suis le Génie de la Lampe… Je sais que tu as déjà entendu parler de
moi… Tu as droit, humain, à faire un souhait, un seul… Ne te trompe pas, car tu
n’auras pas de seconde chance…
Je passai fébrilement en revue tous les souhaits que j’aurais pu formuler et
écartai rapidement celui qui me vint à l’esprit en premier : bénéficier
pour mon prochain roman d’aussi gros tirages que Marc Lévy ou Guillaume Musso…
Le problème, c’était que le roman n’était pas terminé, et j’avais toujours été
le spécialiste des romans avortés, des histoires qui démarraient sur des
chapeaux de roue et qui se terminaient en eau de boudin… Pour avoir de gros
tirages, fallait-il encore qu’il fût terminé, déposé, et accepté chez un
éditeur d’une certaine renommée. Bref, c’était pas gagné… Après avoir éliminé
ainsi des tas d’idées plus ou moins irréalistes, je finissais par paniquer
complètement quand sa voix énorme et caverneuse retentit à nouveau dans la
pièce :
— Attention, humain inconséquent, si tu attends un peu plus, tu vas perdre
ta seule chance !
Au diable ! Je décidai d’opter pour le classicisme et demandai un
coffre rempli d’or et de pierres précieuses. Aussitôt dit, aussitôt regretté
car je commençais à pressentir les pires galères pour écouler la marchandise…
Mais, comme un coffre étincelant apparut brutalement, j’oubliai en un instant
toutes mes préventions. Bon Dieu ! C’était pas du pipeau ! C’était
pour de vrai !
Je me précipitai vers le coffre pour plonger la main dans toutes ces
richesses, émerveillé, subjugué… Seulement, au moment précis où mes doigts
entrèrent en contact avec les pièces d’or, le trésor se dématérialisa et
redevint fumée qui ne tarda pas à se dissiper. Le géant lui aussi n’était déjà
plus qu’un gros nuage coloré qui rapetissait à vue d’œil. Avant de disparaître
pour toujours dans la lampe, il eut seulement le temps de dire :
— Poisson d’avril, humain stupide et impatient !
Texte écrit pour les
Impromptus Littéraires...
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