Comme dans l'étranger...
Par Jean-Pierre le jeudi 4 décembre 2008, 10:53 - Lien permanent
Aujourd'hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. J'ai reçu un télégramme de l'asile: «Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.» Cela ne veut rien dire. C'était peut-être hier.*
C’était peut-être même il y a vingt ans, quand j’ai décidé un jour que je n’aurais plus la moindre relation avec ma mère… Qu’est-ce que ça change, au fond, qu’elle soit physiquement morte ? Il y a vingt ans que je ne l’ai pas vue, que je ne lui ai pas téléphoné… Rien, le vide total ; pour moi, elle était morte depuis longtemps. Je n’irai pas à son enterrement : pourquoi irais-je jouer les fils affligés ? Je n’ai jamais beaucoup apprécié l’hypocrisie. J’entends déjà les bonnes âmes s’exclamer : « Mais, c’était votre maman, tout de même ! Une maman, c’est sacré ! » Non, au risque de décevoir les bonnes âmes, cette maman-là, c’était une femme égoïste, qui n’avait jamais aimé qu’elle-même, qui avait toujours méprisé son fils, les hommes de sa vie, et sa propre mère, ma grand-mère, qu’elle avait laissé mourir dans un hospice de vieillard, bien loin de ses Cévennes natales. C’était ce jour-là, le jour de la mort de ma grand-mère, dans un lointain hospice d’une province reculée et inconnue, que j’avais décidé que ma mère serait désormais morte pour moi… Ma grand-mère, elle m’aimait vraiment, elle au moins…
* début du roman « L’étranger » d’Albert Camus.
Texte de fiction rédigé pour les impromptus littéraires ; toute ressemblance avec des personnages ayant réellement existé ne serait que pure coïncidence…