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Quand Haruki Murakami a voulu devenir écrivain, il s’est vite rendu compte que les heures passées assis à son bureau, dans l’inactivité physique, avaient des conséquences désastreuses sur son corps : d’une part il grossissait à vue d’œil, et d’autre part il s’était mis à fumer dans les soixante cigarettes par jour. Pour pouvoir continuer à écrire et retrouver son équilibre, il a décidé de se mettre à la course à pied… Il y a aujourd’hui plus de trente ans qu’il court régulièrement, six jours par semaine… Les parallèles qu’il tisse tout au long de ce livre entre son activité de coureur de fond et celle de romancier, sont riches d’enseignement :

Ainsi il dit : "La fierté qu’éprouve le coureur de fond à être allé au bout de sa course reste pour lui le critère fondamental. On peut dire la même chose du travail de l’écrivain : La victoire ou la défaite n’ont pas grand sens ; peut-être, les critiques, les prix littéraires, le nombre d’exemplaires vendus sont-ils des critères apparents qui fixent la réussite, mais rien de tout cela ne compte véritablement. L’essentiel pour lui est de savoir si ses écrits ont atteint le niveau qu’il s’était assigné. Une chose difficile à expliquer…"

Et pour moi, une chose bien difficile à évaluer !

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Il écrit encore : "Dans le travail de l’écrivain, l’isolement est, dans une certaine mesure, inévitable. Parfois, pourtant ce sentiment de solitude, comme de l’acide qui se déverse d’une bouteille, peut ronger inconsciemment le cœur de quelqu’un et le dissoudre. On peut aussi le considérer comme une épée à double tranchant. Ma solitude me protège, mais en même temps elle me meurtrit sans cesse de l’intérieur, insidieusement. Je pense qu’à ma manière (sans doute grâce à l’expérience) je suis conscient de ce danger. C’est pourquoi je dois sans cesse maintenir mon corps en mouvement et quelquefois le pousser jusqu’à ses limites, afin de guérir de la solitude que je ressens au fond de moi, ou au moins de la relativiser…"

Il eût fallu qu’en novembre, pour continuer le roman que j’avais commencé, je trouve moi aussi un remède à cette solitude qui me rongeait le cœur… Je n’ai encore jamais, pour ma part, trouvé ce remède… Voilà pourquoi, sans doute, j’ai abandonné en cours de route, plus de romans que je n’en ai poursuivi jusqu’à l’aboutissement…

Il dit encore : "En ce qui me concerne, la plupart des techniques dont je me sers comme romancier proviennent de ce que j’ai appris en courant chaque matin."

Ce qu'il écrit là résonne d'une manière particulière en moi : "Le fait d’écrire des nouvelles n’est pas un type de travail qui vous maintient en bonne santé. Lorsque nous nous lançons dans un projet d’écriture, que nous créons une histoire avec nos mots, une sorte de substance toxique, tapie au plus profond de chaque être humain, ressort à la surface, que cela nous plaise ou non. Tous les écrivains ont à faire face, plus ou moins, à ce principe délétère et, conscient du danger qu’il recèle, doivent se débrouiller pour transiger avec. Car autrement, il n’y aurait aucune activité créatrice, dans son sens véritable..."
Oh oui, ça aussi, je l’ai souvent éprouvé, cette sorte de substance toxique qui remontait des profondeurs de l’esprit… Pour se confronter à quelque chose de malsain, on doit être aussi sain que possible..

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Et pour maintenir sa veine créatrice le plus longtemps possible : voilà pourquoi Haruki Murakami s’impose de courir chaque jour…