J’entrouvre le rideau, mon verre de bière à la main, et je jette un coup d’œil par la fenêtre.

Sous la morne lumière hivernale des lampadaires, j’aperçois le banc défraîchi du square, qui d’ailleurs n’en est pas vraiment un ; à l’image de cette ville qui n’en finit pas de mourir depuis trente ans, à l’époque où le dernier puits de mine a fermé. A l’image de cet hiver qui n’en finit pas, lui non plus, de mourir. Et de ce pauvre type qui venait s’asseoir sur ce banc chaque soir, quand le dernier troquet avait baissé son rideau de fer.

Je l’avais croisé quelquefois en rentrant chez moi… Il semblait en bout de course, seulement retenu à la vie par quelques fils de plus en plus ténus. Dans ses yeux si pâles, il n’y avait sans doute plus le moindre projet, plus aucun rêve, plus d’avenir. Seule la lueur de quelques fugaces souvenirs pouvait peut-être les raviver un tant soit peu.

Ce soir, sous la lumière blafarde des lampadaires, j’aperçois le banc vide. Toujours aussi écaillé, toujours aussi misérable. Et il me semble me dire : « Pourquoi ne lui as-tu jamais adressé la parole ? Maintenant, il est trop tard… »

Je bois une gorgée de bière, et je laisse retomber le rideau, auréolé de la morne lumière hivernale des lampadaires.

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Texte écrit pour les Impromptus littéraires...