L'enfant qui jouait seul...
Par Jean-Pierre le mardi 13 avril 2010, 19:20 - Lien permanent
Je joue tout seul,
Dans ce jour de plomb,
Je joue tout seul,
Au milieu de la place déserte…
Les petits soldats
Défilent au pas,
Sans tambour ni trompette,
Et je suis tour à tour…
L’assaillant et l’assailli,
L’attaqué et l’attaquant,
Le vaincu et le vainqueur,
Le héros et le traître…
Un soldat blessé
Tombe dans la poussière ;
Un gros chat pelé
Le regarde d’un œil vague…
Il aime la solitude,
Ce pauvre môme,
Disent les vieux,
Il aime être seul ;
Et c’est bien ainsi,
Parce qu’il n’y a plus personne,
Il n’y a plus d’enfants
Sur cette place…
Je joue tout seul,
Et je parle tout haut,
A des amis
Qui n’existent que pour moi…
Je ne suis pas triste,
Je ne suis pas fou,
Je suis juste tout seul,
Je suis juste personne…
Tout ça parce que,
Quand on est môme,
Pour être quelqu’un
Il faut être plusieurs…

Texte écrit pour les Impromptus littéraires...
Commentaires
Oui, un petit homme orchestre.
C'est pour cela que j'ai accepté d'avoir un deuxième enfant, pour pallier l'inaptitude avérée de leurs parents dès le premier. C'est terrible de dire cela, mais quand je les vois rire comme des bossus tous les deux le plus clair de leur temps, je me dis qu'on a bien fait. Ils se font des histoires à deux, et parfois invitent une vieille personne à jouer avec eux. Pas question de s'inviter en cours de route : "t'es pas dans le jeu". Les vieux en plus jouent mal, ils ne comprennent pas les personnages et leurs caractères, et surtout il refusent de mourir à chaque fois. Mais cela ne les empêche pas de se faire encore des histoires tout seul, même quand l'autre est disponible ou désireux d'y rentrer. L'imaginaire enfantin est très puissant, plein d'humanité et de spiritualité. L'éducation a pour mission d'éradiquer ces vilains défauts de l'âme pour en faire au plus vite une grande personne respectueuse de tout le ridicule de nos sociétés humaines.
Merci pour ton commentaire, PPM, et bienvenue ici; j'ai été moi-même seul trop longtemps quand j'étais gamin (je n'ai eu une soeur qu'à l'âge de 12 ans) et du coup, j'ai fait quatre enfants ! Je suis bien d'accord avec toi sur le rôle de l'école et de l'éducation en général dans le formatage... Qui nous incite entre autres à emmener nos enfants bouffer au Domac de Pariwest, de Bois d'Arcy ou d'ailleurs, de temps à autre...
ce texte me parle.
Je regardais par la fenêtre, mon fils autiste jouer, seul, encore seul, toujours seul, alors que les rires des petits voisins de son age raisonnaient à travers les rues.
Et puis, j'ai vu le petit chien qui l'accompagne chaque jour dans ses jeux.
Mon fils lui parlait, lui lançait un bâton que la brave bête lui ramenait à chaque fois... et j'ai su que cette solitude, c'était la mienne, et non la sienne.
Pakita, je comprends que ce texte te parle. La dernière strophe était imposée par la contrainte d'écriture des Impromptus. Il fallait obligatoirement terminer par ça mais je récuse, en fait, ces derniers mots. La vraie force, c'est de pouvoir rester seul... Et de savoir accepter la solitude qui est inhérente à l'être humain. Même quand on est deux et que ça se passe bien, et qu'on aime se lover dans sa chaleur...
oui, je comprends et je suis bien d'accord avec toi.
Personnellement, j'aime être seule... et plus que tout, j'aime que nous soyons seuls... à 2 :-)